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Société

14 min

Publié Mars 2026

Pourquoi l’Europe ne protège-t-elle pas ses producteurs ?

Une critique se fait de plus en plus entendre dans le monde agricole européen : à quoi cela sert-il d’imposer à nos agriculteurs de respecter des exigences sociales et environnementales de plus en plus strictes s’ils doivent ensuite rivaliser dans les rayons avec des produits importés de pays hors d’Europe, cultivés dans des conditions très différentes ?

La réponse officielle à ce déséquilibre invoque le libre marché et la diplomatie, mais la réalité est bien plus dérangeante. Il s’agit d’accords signés à la hâte pour contourner la justice européenne, d’une production massive dans le désert qui dissimule sa véritable origine, de l’irruption d’organismes étrangers dans nos ports pour contrôler la principale porte d’entrée vers l’Europe, d’entreprises européennes qui délocalisent leurs serres au Maroc, attirées par des salaires de misère, et d’un vote visant à mettre un terme à tout cela, qui a échoué à une seule voix près.

Pour comprendre le fonctionnement de ce mécanisme politique et entrepreneurial complexe qui rend cette situation possible, nous allons l’analyser à travers l’un des cas les plus médiatisés : la « guerre de la tomate » et le long parcours que parcourt ce produit bien avant d’arriver dans votre salade.

L’influence du Maroc dépasse les frontières européennes

Le Maroc est le premier fournisseur de tomates de l’Union européenne depuis 2022 et la France en est le principal acheteur, absorbant une grande partie de ces exportations pour sa consommation intérieure et sa réexportation.

Au cours de la première étape de son parcours vers l’Europe, la tomate marocaine traverse le détroit de Gibraltar par bateau et arrive à Algeciras, où elle subit les contrôles nécessaires à son entrée en Europe. Et c’est là que commence le suspense. L’opérateur portuaire public marocain, Marsa Maroc, a acquis fin 2025 45 % de Boluda Maritime Terminals (société qui contrôle et gère neuf installations portuaires en Espagne) pour 80 millions d’euros. Cette opération sans précédent confère à l’État marocain un pouvoir de gestion direct sur des terminaux maritimes clés situés sur le territoire espagnol (Cadix, Séville, Las Palmas, Ténérife, Lanzarote, Fuerteventura, La Palma, Vilagarcía et Santander). Les organisations agricoles ont tiré la sonnette d’alarme face à cette copropriété : elles craignent que cette influence institutionnelle n’entraîne un assouplissement des contrôles aux frontières, augmentant ainsi le risque de voir entrer sur le marché européen des produits traités avec des pesticides interdits en Europe.

À l’étape suivante, les tomates sont acheminées par camion à travers la péninsule ibérique jusqu’à Perpignan, dans le sud de la France. C’est là que se trouve le pôle Saint-Charles International, le plus grand « port sec » d’Europe dédié aux fruits et légumes : un site de 70 hectares qui accueille quelque 150 entreprises, avec un trafic quotidien de 3 000 camions et un chiffre d’affaires annuel d’environ 2 milliards d’euros. Une fois la frontière franchie, à partir de ce vaste hub français, les tomates font l’objet d’une « réexportation douanière » et sont redistribuées vers des destinations telles que l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et l’Europe de l’Est. Cette étape intermédiaire de reconditionnement rend la traçabilité d’origine du produit très difficile à établir.

Par ailleurs, une ligne maritime directe a récemment été mise en place pour acheminer les produits d’Agadir (Maroc) à Port-Vendres (France) — un port situé à quelques kilomètres seulement de Perpignan — en seulement trois jours et demi. L’influence marocaine à cette frontière française fonctionne de manière très différente de celle observée du côté espagnol. Alors qu’en Espagne, nous avons vu le gouvernement marocain acquérir des terminaux dans les ports, en France, la stratégie est purement commerciale. Le vaste marché Saint-Charles est détenu à 100 % par le secteur privé, et les géants agricoles marocains ont établi leurs bases opérationnelles en plein cœur de celui-ci.

Pour se rendre compte de l’ampleur de ce réseau, un exemple suffit : le roi du Maroc lui-même, Mohammed VI, est propriétaire d’une entreprise agricole appelée Les Domaines Agricoles. Or, une filiale de cette société s’est associée à une entreprise française (Frulexxo) pour exercer ses activités sur ce marché de Perpignan. Aux côtés de la société du roi, on trouve des filiales d’autres grands empires de la tomate, tels que le groupe franco-marocain Azura et le groupe Hoceg Anima.

Sans surprise, l’installation d’un concurrent de taille juste à leurs portes a fini par déclencher des manifestations en France, allant jusqu’au blocage physique des entrepôts du géant Azura à Perpignan. Mais la concurrence est-elle à elle seule une raison suffisante pour susciter une telle colère ? Pourquoi parle-t-on de concurrence à armes inégales ?

Des tomates cultivées dans le désert

Lorsque les consommateurs européens saisissent une barquette de tomates au supermarché, l’étiquette peut dissimuler une réalité géographique et politique bien plus complexe qu’il n’y paraît. Une part significative de ces tomates provient d’une région précise : le Sahara occidental. Un territoire en quête d’indépendance, classé par l’ONU comme « non autonome », et sous contrôle marocain de facto depuis 1975.

C’est précisément en raison de cette situation que la Cour de justice de l’Union européenne a statué à plusieurs reprises — en octobre 2024 pour la dernière fois — que le Sahara occidental est juridiquement distinct du Maroc. Selon les juges, les produits qui en sont originaires ne peuvent pas bénéficier des accords commerciaux UE-Maroc sans le consentement du peuple sahraoui, et doivent être étiquetés de manière à indiquer « leur origine réelle ». En regardant l’étiquette, il est difficile de savoir ce qu’est vraiment cette origine réelle.

Une grande partie des tomates exportées depuis cette région est produite dans des macro-serres situées à Dajla, en plein cœur du désert sahraoui. Ces tomates parcourent plus de 1 000 kilomètres (soit une distance équivalente à celle qui sépare Paris de Berlin) par camion jusqu’à Agadir (Maroc), où elles sont mélangées à la production locale et commercialisées sous l’étiquette « Origine Maroc ». On estime qu’environ 50 % des tomates qui entrent en Europe sous le label « Origine Maroc » proviennent en réalité de plantations sahraouies. Et l’objectif est de voir ce chiffre augmenter.

Vous vous demandez sans doute comment il est possible de cultiver de tels volumes de tomates dans le désert. Eh bien, ce n’est pas possible. Un mégaprojet est en cours afin d’ajouter 5 200 hectares supplémentaires à Dakhla, alimentés par une immense usine de dessalement d’eau de mer et un nouveau réseau d’irrigation. Selon les prévisions du plan officiel marocain, les premières récoltes devaient débuter fin 2025 ; ce nouvel afflux de production bat donc déjà son plein pour la campagne actuelle de 2026. Cette infrastructure multipliera par dix la production agricole de la région, destinée presque exclusivement à l’exportation massive vers le marché européen.

Le paradoxe qui indigne le plus le secteur agricole est que ce mégaprojet, qui menace d’étouffer la production communautaire, est mis en œuvre grâce au financement de l’Union européenne elle-même. Dans le cadre du nouvel accord commercial, le Conseil de l’UE a accepté d’apporter un soutien financier à la région, destiné à des secteurs clés tels que « l’eau, y compris l’irrigation, l’énergie et le dessalement ». Concrètement, cela signifie que les fonds européens contribuent à financer les ressources en eau et le parc éolien qui rendent possible l’existence de cette mégalopole de la tomate en plein désert sahraoui.

Produit néerlandais cultivé sur le sol marocain

Les Pays-Bas sont, depuis des décennies, une puissance horticole mondiale. Leurs serres high-tech à haut rendement leur ont permis de devenir le deuxième exportateur agricole de la planète. Pourtant, ils exportent plus de tomates qu’ils n’en produisent. Comment cela est-il possible ?

Lorsque la crise énergétique de 2022 a fait flamber le prix du gaz, 20 % des producteurs néerlandais ont coupé le chauffage de leurs serres pendant l’hiver. Le Maroc a comblé le déficit d’approvisionnement ainsi créé. Les importations néerlandaises de tomates marocaines sont passées de 3 millions de kilos en 2010 à plus de 37 millions en 2021. Les Pays-Bas les reconditionnent et les redistribuent dans le cadre de leur offre commerciale. C’est le modèle de la réexportation : on achète à bas prix à la source, on maintient la chaîne de distribution et on conserve sa marge.

Mais ce n’est pas tout. Plusieurs des plus grandes entreprises horticoles néerlandaises se sont directement implantées au Maroc pour y installer leurs propres serres. Agro Care a construit en 2023 un complexe de haute technologie à Agadir, doté de systèmes de recirculation de l’eau et de capteurs connectés au cloud, avec pour objectif d’atteindre 200 hectares. Van Oers United exploite 450 hectares dans la région du Souss depuis 2020. Kamps Beans exploite 1 200 hectares et emploie 3 500 personnes dans la région d’Agadir. Les entreprises semencières Enza Zaden et Rijk Zwaan y sont implantées depuis les années 90.

Il ne s’agit pas de concurrence déloyale au sens strict du terme. Il s’agit de délocalisation. Ce même capital européen qui produisait auparavant dans des serres néerlandaises produit désormais au Maroc, où les coûts de main-d’œuvre sont dix fois moins élevés. L’agriculteur européen doit faire face à cette concurrence.


Mesures (obsolètes) visant à protéger nos producteurs

L’ensemble du dispositif logistique et d’expansion territoriale du Maroc s’appuie sur un cadre commercial européen qui, selon les agriculteurs communautaires, est totalement dépassé. Afin de ne pas ruiner les producteurs locaux, les frontières de l’Union européenne devraient être dotées de deux barrières de protection : une limite quantitative (les quotas) et un prix minimum obligatoire (le prix d’entrée). Or, dans la pratique, ces deux barrières se sont effondrées.

Les quotas (la limite d’entrée « gratuite »)

Le « quota » correspond à la quantité maximale de tomates que l’Europe autorise le Maroc à importer chaque année sans lui imposer de droits de douane ; il est actuellement fixé à 285 000 tonnes par an. Où est le piège ? Lorsque le Royaume-Uni a quitté l’Union européenne dans le cadre du Brexit, le marché européen s’est rétréci ; il aurait donc été logique de réduire ce plafond pour l’adapter à la nouvelle réalité. Or, Bruxelles a décidé de maintenir ce quota inchangé.

Comme il y a moins de pays entre lesquels répartir la même quantité de tomates en franchise de droits, les marchés restants, tels que les marchés espagnol ou français, sont de plus en plus saturés.

Le prix d’entrée (le prix minimum exigé)

Afin d’éviter que les tomates étrangères n’arrivent à des prix ridiculement bas au point de ruiner les agriculteurs locaux, l’UE impose que les produits importés respectent un prix plancher ; s’ils sont vendus à un prix inférieur, des pénalités doivent être payées. Le problème est que ce seuil a été fixé il y a très longtemps à à peine 0,46 euro le kilo.

Aujourd’hui, la production d’un kilo de tomates en Europe coûte beaucoup plus cher en raison de l’inflation et de la hausse du prix des engrais. Le seuil de 46 centimes étant très bas, le Maroc peut importer ses tomates à des « prix cassés » sans encourir aucune pénalité, ce qui fait s’effondrer le marché. C’est pourquoi le secteur agricole européen exige que ce prix soit révisé de toute urgence et porté à au moins 0,90 euro le kilo afin de pouvoir rivaliser à armes égales.

À ces barrières administratives s’ajoute un fossé impossible à combler : le coût de la main-d’œuvre. Alors qu’en Europe, un agriculteur doit verser un salaire minimum d’environ 10 euros de l’heure, au Maroc, ce coût chute à 0,98 euro de l’heure. Une différence abyssale qui explique en fin de compte pourquoi le secteur agricole européen a l’impression de jouer une partie de cartes truquée.

Pourquoi l’Europe tolère-t-elle cela ?

Lorsque la justice européenne a lancé un ultimatum à Bruxelles pour qu’elle cesse de traiter le Sahara occidental comme s’il s’agissait du Maroc, la Commission européenne a réagi in extremis. Un jour avant l’expiration du délai fixé par la justice en octobre 2025, elle a signé un nouvel accord de dernière minute afin de maintenir les réductions douanières.

L’astuce pour contourner les contrôles ? Permettre aux tomates sahraouies d’utiliser sur leurs caisses les noms de régions administratives marocaines (comme « Dakhla Oued Ed-Dahab ») au lieu d’indiquer leur véritable origine. Pour un consommateur lambda, il est impossible de comprendre ce que signifient ces noms ; il finit donc par acheter, sans le savoir, un produit cultivé dans une zone désertique, en conflit, et à 1 000 km du Maroc. Le Parlement européen a tenté de mettre fin à cette faille juridique en novembre 2025, mais l’initiative a échoué à une voix près.

Pourquoi Bruxelles cède-t-elle et accepte-t-elle ce genre de manœuvres ? L’hypothèse la plus couramment avancée est que cela s’explique par le contrôle des migrations. Le Maroc joue le rôle de grand gardien des frontières entre l’Afrique et l’Europe, et sa coopération policière dans le détroit de Gibraltar pèse bien plus lourd dans les couloirs du pouvoir européen que les plaintes du secteur agricole. Cette influence n’est un secret pour personne : après le premier revers judiciaire majeur, l’ambassade du Maroc a engagé en urgence un lobby influent à Bruxelles (dirigé par un ancien ministre espagnol) afin de faire pression sur la Commission européenne. L’objectif était de conclure cet accord de dernière minute qui a donné le feu vert à l’« étiquetage trompeur », permettant ainsi aux tomates du Sahara occidental de continuer à entrer en bénéficiant d’avantages tarifaires sous les noms de régions marocaines.

Il y a en outre une triste ironie : ce sont souvent ces mêmes migrants subsahariens que le Maroc empêche de poursuivre leur route vers l’Europe qui finissent par travailler dans des conditions d’exploitation au sein de ces macro-serres, produisant des tomates bon marché qui finissent par concurrencer les tomates européennes.

Face à cette situation, le secteur agricole européen a décidé de faire front commun. Les producteurs français, espagnols, italiens, portugais, néerlandais et polonais ont lancé la campagne institutionnelle « We Tomato Europe, Don’t Betray EU Tomato ». Leur objectif n’est pas de réclamer des privilèges, mais d’exiger du Parlement européen la réciprocité dans les règles du jeu. Ils réclament l’application de « clauses miroirs » afin de garantir que les importations respectent les mêmes normes en matière de travail et de santé phytosanitaire, un étiquetage clair et obligatoire indiquant le pays d’origine réel, ainsi que l’activation de clauses de sauvegarde automatiques en cas d’effondrement du marché.

Même si la récente tentative visant à bloquer le nouveau règlement sur l’étiquetage trompeur a échoué à une voix près, cette alliance transfrontalière démontre que le monde agricole est prêt à se battre pour protéger la souveraineté alimentaire de l’Union européenne.

Une « coupure de courant » bien opportune

Pour ajouter à ce climat de suspicion, un incident mystérieux s’est produit au début de l’année 2026 : les tomates marocaines ont « disparu » des statistiques officielles européennes. Selon les données de Bruxelles, seules 12 800 tonnes ont été importées en janvier 2026, contre les 53 000 habituelles. Cependant, la réalité sur le terrain était tout autre : les camions continuaient d’arriver sur les marchés européens comme d’habitude.

La Commission européenne a imputé ce problème à un « dysfonctionnement informatique » lors de la transmission des données douanières. Mais les agriculteurs n’y croient pas. Ils affirment que ce dysfonctionnement tombait bien trop à point : en enregistrant des chiffres faussement bas précisément pendant les semaines de tension politique la plus forte, il a automatiquement déclenché les mécanismes d’urgence qui auraient imposé des droits de douane protecteurs alors que le marché européen était saturé.

Alors, à qui la faute ?

Il n’y a pas de coupable unique dans cette affaire. Le Maroc fait ce que font les pays : il tire parti de ses avantages concurrentiels et de sa position géopolitique pour obtenir des conditions favorables. Les entreprises néerlandaises font ce que font les entreprises : elles recherchent les coûts les plus bas. La Commission européenne gère les tensions entre des intérêts qui ne sont pas toujours compatibles. Et les agriculteurs européens réclament depuis des années que quelqu’un résolve une équation que le marché libre ne peut résoudre à lui seul.

Ce qui est clair, c’est que l’étiquette d’origine d’une tomate ne vous indique pas qui l’a cultivée, dans quelles conditions, sur quel type de sol ni selon quel mode de production. Dans de nombreux cas, elle est conçue pour ne pas vous le révéler. Et les décisions concernant le contenu de cette étiquette ne sont pas prises sur le terrain. Elles sont prises lors d’un vote qui se joue à une voix près, ou lors d’une négociation de dernière minute signée la veille de l’expiration d’un délai légal.

La prochaine fois que vous regarderez les étiquettes indiquant le pays d’origine dans les rayons du supermarché, vous saurez qu’elles ne reflètent qu’une partie de la réalité.

Sources

  1. CJUE. (2024). Arrêt de la Grande Chambre du 4 octobre 2024 (affaires jointes C‑778/21 P et C‑798/21 P). InfoCuria – Union européenne.
  2. Commission européenne. (2025-2026). Portail de données agroalimentaires et statistiques d’Eurostat sur le commerce international des biens (ITGS). Direction générale de l’agriculture et du développement rural.
  3. Réseau agricole néerlandais (LAN). (2024). Le secteur horticole au Maroc : état des lieux, défis environnementaux et collaboration néerlando-marocaine. Agroberichten Buitenland.
  4. Western Sahara Resource Watch (WSRW). (2025). Le chaos en matière d’étiquetage dans l’UE touche déjà les supermarchés et identification des exploitations de tomates au Sahara occidental occupé. Observatoire WSRW.
  5. Fondation Mundubat & COAG. (2021). Droits de l’homme et entreprises transnationales au Sahara occidental : le cas de la tomate.
  6. Maldita.es. (2026). Voici les faits : questions et chiffres concernant les importations en provenance du Maroc et du Sahara occidental vers l’UE.
  7. FEPEX et le secteur agricole européen. (2026). Nous, Tomato Europe, ne trahissons pas la tomate de l’UE. Manifeste de campagne institutionnelle et communiqués de presse, Fruit Logistica à Berlin.

Written by Cristina Domecq

Cristina Domecq

Cristina Domecq est Responsable de l'Impact chez CrowdFarming. Elle intervient là où se rejoignent les décisions stratégiques, le travail de terrain et les débats de société, convaincue que les solutions pour réparer le système alimentaire se trouvent à cette intersection. Son objectif est de susciter un changement de comportement durable — une mission qui n'est possible que si les agriculteurs et les consommateurs s'impliquent pleinement.

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