
Publié Mars 2026
L’impact des phénomènes météorologiques sur les pénuries alimentaires
L’augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes fait consensus au sein de la communauté scientifique. Selon le dernier rapport de l’IPCC, le changement climatique causé par l’homme a déjà des répercussions sur de nombreux phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes dans toutes les régions du monde.
Les inondations de 2021 en Allemagne, la vague de chaleur extrême au Royaume-Uni et en Espagne en 2022 ou encore les longues périodes de sécheresse que nous connaissons en Europe depuis quelques années peuvent avoir des effets particulièrement néfastes sur le rendement des cultures. Cela crée des pénuries généralisées et cette réduction de production entraîne un déséquilibre économique tant pour les agriculteurs que les consommateurs ainsi que l’affaiblissement de notre sécurité alimentaire à tous.
L’impact des phénomènes météorologiques
Bien que l’Europe soit généralement considérée comme une région où l’approvisionnement alimentaire est stable et diversifié, elle n’est pas à l’abri des effets des phénomènes météorologiques extrêmes. Voici quelques exemples d’événements météorologiques qui peuvent avoir un impact direct sur la production agricole, comme par exemple une diminution (voire une perte totale) des récoltes ou la planification chamboulée de celles-ci.
- Les sécheresses : Les périodes prolongées de sécheresse peuvent avoir de graves conséquences pour l’agriculture. Le manque de pluie réduit l’humidité du sol, ce qui rend difficile la croissance des cultures et affecte leur rendement. Les sécheresses peuvent également entraîner une diminution de l’eau disponible pour l’irrigation et pour la reconstitution des réserves d’eau tout au long de l’année. Ce phénomène résulte souvent en un rendement de production plus faible et à la fin prématurée de la saison de récolte.

- Les inondations : Les précipitations excessives et les inondations peuvent également perturber les activités agricoles. Dans le bassin méditerranéen espagnol, les précipitations sont de plus en plus concentrées, ce qui se traduit par de longues périodes sans pluie et par la chute de nombreux litres par mètre carré en quelques heures, provoquant des inondations, parfois accompagnées de grêle, qui détruisent les récoltes. L’eau n’a pas le temps de s’infiltrer et s’écoule à la surface du sol. De plus, les inondations peuvent endommager les cultures, emporter la couche arable et rendre les champs inaccessibles pour la plantation ou la récolte. En outre, l’engorgement des sols par l’eau peut entraîner le pourrissement des racines et d’autres maladies des plantes, ce qui réduit encore le rendement des cultures. Dans certains cas, les inondations peuvent détruire des récoltes entières, entraînant alors des pertes alimentaires importantes.

- Les températures extrêmes : Les vagues de chaleur ou de froid extrêmes peuvent avoir des effets extrêmement néfastes sur les cultures. Les vagues de chaleur peuvent entraîner un stress hydrique chez les plantes, affectant leur croissance et leur productivité. Les températures élevées peuvent également perturber la pollinisation, réduisant ainsi la fructification des cultures. De plus, cela peut influencer également la prévalence et la propagation des ravageurs et des maladies, affectant la santé des cultures et réduisant ainsi les rendements. D’autre part, les vagues de froid soudaines peuvent quant à elles endommager ou tuer les cultures qui ne sont pas adaptées au gel, ce qui peut entraîner la perte de toute une récolte.

De plus, des phénomènes tels que le gel ou les brumes peuvent également affecter les rendements. Par exemple, la brume qui est arrivée en Espagne depuis le Sahara au printemps 2022 a affecté la floraison de nombreuses cultures, car la boue créée a endommagé les fleurs et empêché la nouaison des fruits.
Cette année, après une longue période de sécheresse en Italie et en Espagne, nos producteurs de cerises ont rapidement maudit les pluies torrentielles qui ont suivi : l’intensité de ces précipitations soudaines a fait éclater leurs fruits et a effectivement ruiné la récolte de l’année, réduisant à néant de nombreux mois de dur labeur. Les abricots ont subi le même sort, même si, heureusement, la totalité de la récolte n’a pas été gâchée.
Lorsque ces phénomènes météorologiques surviennent à des stades critiques de la croissance des cultures ou touchent simultanément plusieurs régions, ils peuvent entraîner une baisse de la production alimentaire, susceptible de provoquer des pénuries alimentaires partout sur le continent. La gravité et la durée de ces pénuries alimentaires dépendent de l’ampleur et de l’intensité des phénomènes météorologiques, des pratiques agricoles mises en place et de la disponibilité de sources alimentaires alternatives sur le marché.
Selon Copernicus, le programme d’observation de la Terre de l’Union européenne, il est d’ores et déjà acquis que l’agriculture souffrira en Europe méridionale cette année, avec des diminutions des rendements, même en cas de pluies tardives.
Il est important de noter que d’autres facteurs sont également susceptibles de contribuer à la diminution des récoltes sur le long terme comme par exemple l’utilisation de méthodes agricoles intensives qui peuvent épuiser le sol, réduire la biodiversité et augmenter le risque d’épidémies de parasites et de maladies.

L’impact économique et sur notre sécurité alimentaire
Les facteurs mentionnés ci-dessus ne compromettent pas seulement notre sécurité alimentaire, mais peuvent également contribuer à l’instabilité économique, tant pour les agriculteurs que pour les consommateurs.
Instabilité financière pour les agriculteurs
Les événements météorologiques extrêmes cités plus haut peuvent causer des dommages conséquents dans les champs et sur les cultures, ce qui entraîne des pertes de revenus pour les agriculteurs. En plus d’une perte de rendement ou d’une destruction possible de leurs cultures, certains événements météorologiques, comme les inondations par exemple, peuvent détruire les infrastructures agricoles qui entraînent des pertes financières considérables.
Un autre facteur à prendre en compte actuellement serait l’augmentation des coûts de production et la hausse des coûts des matières non agricoles, comme les coûts énergétiques, qui amplifient davantage les difficultés que les agriculteurs peuvent rencontrer pour maintenir leurs activités.
Volatilité du marché
Les événements météorologiques peuvent entraîner une volatilité du marché en raison de leur impact sur les produits agricoles et favoriser l’apparition de pénuries importantes. Les mauvaises récoltes et la baisse de la production peuvent entraîner une flambée des prix des denrées alimentaires essentielles. La volatilité accrue des prix des denrées alimentaires peut avoir des effets en cascade sur l’économie, car elle peut affecter les taux d’inflation, les dépenses de consommation et la stabilité économique globale. Par exemple, une sécheresse prolongée peut réduire les rendements des cultures, ce qui entraîne une offre réduite sur le marché. En conséquence, les prix des produits agricoles peuvent augmenter en raison de la rareté et de la demande accrue.
Dans la chaîne alimentaire conventionnelle, les agriculteurs doivent souvent s’adapter à la demande du marché et à la grande distribution. Comme nous l’avons vu plus haut, certains phénomènes météorologiques peuvent alors chambouler la planification initialement prévue pour telle ou telle récolte. Si les grandes enseignes ne reçoivent pas les produits désirés au moment prévu, cela peut affecter grandement le coût d’achat de ces produits.

La sécurité alimentaire en péril
La réduction des récoltes peut avoir un impact significatif sur notre sécurité alimentaire au niveau mondial. Avec des prix de l’énergie et de l’alimentation atteignant partout dans le monde des niveaux sans précédent, notamment depuis le début de la guerre en Ukraine, l’inflation des prix de la nourriture est élevée dans un grand nombre de pays. Par exemple, en 2023, des supermarchés britanniques ont été contraints de rationner les clients sur l’achat de certains fruits et légumes en partie en raison de pénuries persistantes, comme par exemple dans le cas des pommes, tomates ou poivrons. Ils rencontrent alors des difficultés au niveau de la chaîne alimentaire.
Bien que l’on sache que les phénomènes associés au changement climatique ont toujours existé, leur fréquence a augmenté. La tendance est à l’augmentation de la fréquence des événements extrêmes et à la diminution de la résilience de l’agroécosystème. Par conséquent, les agriculteurs risquent d’être en difficulté pour les prochaines années et les anomalies climatiques nous rendent de plus en plus vulnérables, les récoltes devenant plus imprévisibles, ce qui met en péril la sécurité alimentaire de millions de personnes. Selon le PAM des Nations Unies, plus de 345 millions de personnes dans le monde seront confrontées à des niveaux de crise d’insécurité alimentaire en 2023, soit une augmentation de près de 200 millions depuis le début de l’année 2020.
De plus, la hausse générale des prix a également affecté l’industrie agrochimique et entraîné une augmentation des prix des engrais, ce qui s’est traduit par une baisse des rendements des cultures conventionnelles. Selon le Programme Alimentaire Mondial : « les prix élevés des engrais pourraient convertir la crise actuelle de l’accessibilité alimentaire en une crise de la disponibilité alimentaire, avec une baisse de la production de maïs, de riz, de soja et de blé enregistrée en 2022.”.

En somme, les phénomènes météorologiques ont des conséquences importantes sur le rendement des récoltes, sur les revenus des agriculteurs, sur les coûts de production et perturbent alors les marchés agricoles. Cependant des solutions existent pour faire face à cette situation.
Comment limiter l’impact de ces phénomènes ?
Pour limiter les pénuries alimentaires et faire face à ces phénomènes météorologiques, il est essentiel de mettre en œuvre des pratiques agricoles durables, de soutenir nos agriculteurs et de créer une chaîne de distribution alimentaire plus efficiente.
Promouvoir des pratiques agricoles durables
Lutter pour la résilience de nos systèmes alimentaires et investir dans des méthodes de production agricole plus résistantes aux changements climatiques est primordial. Pour cela, quelques actions concrètes peuvent être mises en place dans les champs:
- La promotion de l’agriculture biologique
- Aller encore plus loin en promouvant l’agriculture régénérative
- L’utilisation de sources d’énergie renouvelable
- L’utilisation de cultures et de variétés plus adaptées. L’introduction de nouvelles cultures ou variétés, en tenant compte des besoins en eau de celles-ci par exemple, contribue à réduire les impacts négatifs du changement climatique sur les systèmes agricoles tout en assurant une production agricole stable.
Toutes ces pratiques aident à préserver les ressources naturelles et à atténuer les effets néfastes du changement climatique, en misant sur la durabilité des terres sur le long terme.
Un autre facteur important à prendre en compte pour renforcer notre sécurité alimentaire est la réduction du gaspillage alimentaire. Améliorer les chaînes d’approvisionnement permet de réduire les pertes alimentaires post-récolte et le temps de stockage des aliments.

Il est important de noter que si les événements météorologiques contribuent fortement aux pénuries alimentaires, d’autres facteurs tels que la dynamique du marché, les conditions économiques et encore les facteurs politiques peuvent également jouer un rôle important dans la disponibilité et l’accès aux aliments. La guerre en Ukraine, par exemple, a provoqué une flambée des prix des aliments pour animaux, car l’Ukraine est un important fournisseur de céréales. Un autre exemple de la conséquence de cette guerre a été la pénurie temporaire de moutarde dans les rayons des supermarchés français, car les fabricants français de moutarde utilisaient apparemment des graines de moutarde ukrainiennes pour leur production. Un autre facteur que l’on pourrait citer est la pandémie, qui a eu un impact considérable sur les chaînes d’approvisionnement dans le monde entier. Tous ces facteurs sont aussi difficiles à prévoir qu’à prévenir.
L’enjeu aujourd’hui, en tenant compte des prévisions pessimistes émises par plusieurs sources scientifiques et d’un contexte géopolitique instable, est de limiter au maximum les dégâts causés par ces phénomènes météorologiques extrêmes afin de protéger les agriculteurs et la sécurité alimentaire de la population. Pour cela, les efforts doivent être mis sur des pratiques agricoles plus durables et sur une chaîne alimentaire plus équitable.
Sources :
- IPCC – Climate Change 2023
- Organisation Météorologique Mondiale 2022- Changement climatique et phénomènes extrêmes
- Copernicus EU 2023 – Europe’s eyes on earth
- Copernicus 2022 – record temperatures in Europe and across the world
- FAO 2006 – Changing Policy Concepts of Food Security
- World Food Program 2023 – Ambassador Cindy McCain takes the helm at WFP at critical moment for global food security
- World Food Program 2023 – A global food crisis
Written by Giovanna Rodrigues
Giovanna es experta en comunicación. La alimentación, la agricultura y la sostenibilidad son sus áreas de interés y competencia. También es una apasionada de la música y le encanta debatir sobre cómo encontrar soluciones sostenibles para el futuro, mientras se toma una copa de vino (de Burdeos, a ser posible).


