
Publié Mars 2026
Exhausteurs de goût : Imposteurs de saveurs
Ce sont les faire-valoir de l’agro-alimentaire. Les enfumeurs de faux fumets. Les aiguiseurs d’appétit. Les exhausteurs de goût envahissent nos assiettes et dupent notre organisme. Bienvenue dans le monde des embobineurs de saveurs.

Éplucher les oignons, y planter un clou de girofle, préparer un bouquet garni avec thym, laurier et persil pour donner du goût à leur pot-au-feu, nos grand-mères savaient prendre le temps de combiner les bons aromates. Grâce à leurs mélanges, le bœuf prenait toute sa saveur, les légumes étaient sublimés, les effluves titillaient l’appétit de toute la maisonnée. Aujourd’hui, le micro-ondes a remplacé les heures de cuisson, les plats préparés éclipsent un pan de la gastronomie française et les exhausteurs de goût balaient plantes aromatiques, épices et condiments à coup de bouillons tout préparés.
« Découvrez le bouillon KUB® Pot-au-feu, une recette traditionnelle alliant le bon goût de bœuf à celui des carottes et poireaux, peut-on lire sur le site Maggi. Ce petit cube apportera une note cuisinée à tous vos plats en un seul geste. » De prime abord, la proposition semble alléchante. Mais par quelle magie un petit cube peut-il remplacer des heures de préparation ? En misant sur les exhausteurs de goût. Il suffit d’ouvrir l’emballage doré pour découvrir d’abord du sel, ensuite des glutamates, inosinate et guanylate disodiques pour mettre en relief seulement 1,5% de légumes (oignon, carotte) et 2,6% de jus de cuisson de viande de bœuf. Economique non ? Certes mais totalement dénué d’intérêt nutritionnel.
En effet, par définition et selon la Directive européenne 95/2/CE sur les additifs alimentaires « Un exhausteur de goût est une substance qui, sans avoir une saveur propre prononcée, ne modifie pas le goût mais augmente l’intensité de la perception olfacto-gustative (goût et/ou odeur) d’une denrée alimentaire ». En d’autres termes, un exhausteur de goût n’est rien qu’un faire-valoir des autres aliments entrant dans la composition d’un produit. Une manière de donner à un ingrédient le maximum de sa force, de l’embellir, d’exhaler son parfum.
On le trouve souvent acoquiné à des arômes synthétiques pour sublimer encore un peu plus leurs goûts artificiels à moindres frais. Certains exhausteurs prennent des formes naturelles, d’autres sont obtenus par voie synthétique, certains sont inoffensifs, d’autres sujets à polémique. Dans l’industrie agroalimentaire et sur les emballages de nos produits, on les trouve sous une forme littéraire en toutes lettres ou sous une forme numérique avec des codes s’échelonnant d’E620 à E650.

Si l’on devait établir une typologie des exhausteurs de goût, on pourrait les regrouper selon sept grandes familles.
1- les glutamates : E620 à 625. Ces additifs artificiels parfois obtenus par génie génétique, s’invitent souvent dans les viandes, les soupes, les plats préparés, les conserves à base de viande, la charcuterie sous vide, les assaisonnements en poudre (cubes, sauces lyophilisées). Ce sont les exhausteurs les plus fréquemment rencontrés et les plus fortement décriés.
2- les acides guanyliques (E626 à E629), également synthétiques mais produits à partir de végétaux. On les débusque dans les potages, sauces, poudres d’aromates, souvent pour remplacer le sel.
3- les acides inosiniques (E630 à E633). Naturels, on peut les extraire des viandes ou des poissons séchés. Ils se trouvent partout et plus particulièrement dans le riz, les céréales, les gâteaux apéritifs…
4- Les ribonucléotides (E634 et E635), également d’origine naturelle mais synthétisés par des enzymes à partir des levures. Ils sont présents dans les assaisonnements, les condiments, mais jouent également le rôle de renforceurs d’arômes dans les pseudos produits de la mer.
5- La glycine et son sel de sodium, obtenue par voie synthétique. On retrouve son nom de code E640 dans certaines préparations sucrées pour valoriser le pouvoir des édulcorants. C’est aujourd’hui le seul exhausteur de goût autorisé en France sans limite de dosage.
6- L’acétate de zinc qui provoque un effet astringent et que l’on ne trouve sous la forme E650 que dans les chewing-gums.
7 – Enfin, les maltols (E636 et E637) qui sentent le caramel et donnent l’impression que le produit sort tout juste du four.

Déguisement culinaire
Pas de doute, les exhausteurs de goût sont particulièrement pratiques quand il s’agit de masquer la faiblesse gustative des produits de l’agroalimentaire. Pour autant, ils ne sont pas forcément bons à avaler. Si les autorités officielles de la santé les présentent sans danger, les nutritionnistes, les médecins et les consommateurs ne sont pas toujours du même avis. Le glutamate monosodique (connu également sous le nom de glutamate de sodium, de GMS ou de E621) est sans doute le plus décrié.
Pour les détracteurs de la poudre blanche, le GMS apporte son lot de désagréments : nausées, vomissements, maux de tête… « Aucune étude n’a, à ce jour, établi un lien formel entre ces symptômes et les additifs de cette famille, écrit Laurence Wittner dans son Dico-guide des étiquettes alimentaires. Mais les doutes sur leur innocuité restent forts, d’autant qu’ils sont également impliqués dans des phénomènes de réactions allergiques et suspectés de favoriser les crises d’asthme. »
Les acides guanyliques, E626 à E629, considérés comme inoffensifs à petites doses, sont quant à eux accusés de stimuler l’appétit. Tout comme les E630 à E635. « De l’avis des experts, explique Laurence Wittner dans son autre livre Savez-vous vraiment ce que vous mangez ?, les exhausteurs d’appétit agiraient sur les neurones, empêchant le bon fonctionnement des mécanismes inhibiteurs de l’appétit. En clair, plus on en mange, plus ils donnent faim et plus on a envie d’en manger encore. Dans le contexte d’une épidémie d’obésité dont on craint qu’elle ne touche fortement les pays industrialisés, cet aspect n’est pas tout à fait anodin. »
Bref, au mieux, les exhausteurs servent de cache-misère aux produits industriels, au pire, ils nous empoisonnent à petit feu. Devant ces incertitudes, le plus raisonnable est de les boycotter. Plutôt que de traquer les étiquettes, il existe des solutions faciles et imparables : se passer des produits industriels et des plats préparés, se remettre aux fourneaux et manger bio. Car en alimentation biologique, tous les exhausteurs de goût sont proscrits.
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À lire pour faire le vide dans vos placards
Guide des additifs alimentaires : les précautions à prendre, Maria Denil et Paul Lannoye, éditions Frison-Roche
Additifs alimentaires, ce que cachent les étiquettes, Hélène Barbier du Vimont, éditions Trédaniel
Les additifs alimentaires, un mal nécessaire ? Docteur Jean-Claude Houdret, éditions Médicis
les liens : ANSES, santé (il faudrait dire : Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), https://www.anses.fr/fr/content/le-point-sur-les-additifs-alimentaires
Written by Hélène Binet
Son sourire est invincible mais sa vie semble impossible. Hélène écrit pour ce blog, pour des sites d'information alternatifs ou la presse traditionnelle ; elle publie des guides aussi différents que "Les arbres remarquables d'Isère" ou "Belle et bio à Paris" ; elle gère sa propre Ruche, l'une des premières et des plus grandes de France ; elle a trois enfants ; elle élève un chat. Quand on y pense on perd haleine. Pas elle.


