1. Home
  2. /
  3. Agriculture Durable
  4. /
  5. La réduction des pesticides menace-t-elle notre sécurité alimentaire ?

La réduction des pesticides menace-t-elle notre sécurité alimentaire ?

Comme c’est souvent le cas en temps de crise, nous sommes actuellement confrontés au danger de régresser au lieu de progresser. Un exemple concret est le débat actuel sur l’utilisation des pesticides au sein de l’UE. Dans le cadre de son programme “De la ferme à la table”, l’UE cherche à introduire un règlement visant à réduire l’utilisation des pesticides chimiques de 50 % d’ici à 2030, mais elle est confrontée à une sérieuse résistance de la part de plusieurs de ses États membres et, bien sûr, du lobby de l’industrie phytosanitaire.  

Quel est l’objet de cette proposition de régulation des pesticides ?

La cause de toute cette agitation de la part de certains lobbies est cette nouvelle régulation sur l’utilisation durable des produits phytopharmaceutiques. Conformément aux stratégies “De la ferme à la table” et de biodiversité, cette régulation comprend une proposition visant à réduire de moitié l’utilisation des pesticides synthétiques au sein de l’UE et cherche à donner la priorité à des méthodes de lutte contre les ravageurs, qui sont respectueuses de l’environnement. Les agriculteurs doivent être encouragés à adopter des méthodes non chimiques de protection de leurs cultures. L’espoir est que cette mesure contribuera à protéger l’environnement et nos pollinisateurs – qui sont en fait l’un des acteurs les plus importants lorsqu’il s’agit de protéger notre sécurité alimentaire des effets néfastes de l’agriculture industrielle.

L’une des principales raisons de l’introduction d’un tel projet est la lutte contre le déclin général de la biodiversité, qui se produit plus rapidement que jamais. Comme l’ont souligné de nombreux scientifiques, la dégradation des sols – causée majoritairement par la production alimentaire à grande échelle – est le principal facteur de perte de biodiversité au niveau mondial, puisqu’il est à l’origine de 30 % de ce déclin.



La dégradation continue de l’environnement et de la perte de biodiversité entraînera invariablement non seulement l’impossibilité de cultiver des aliments sur nos champs, mais mettra également en danger notre santé. En outre, la Commission a estimé que l’introduction de mesures telles que le règlement sur les pesticides et la réduction consécutive de notre empreinte environnementale contribueraient également “à atténuer les pertes économiques que nous subissons en raison du changement climatique et de la perte de biodiversité”.

Pour la société dans son ensemble, il semblerait donc qu’il y ait même des arguments à faire valoir pour des raisons purement économiques.

La problématique de la sécurité alimentaire

La guerre de la Russie contre l’Ukraine a, entre autres, une incidence sur le prix de l’énergie, des engrais de synthèse et des céréales, ce qui affecte à son tour l’industrie agroalimentaire. C’est pourquoi la proposition de régulation de l’UE fait actuellement l’objet de vives critiques de la part de certains, qui affirment que la combinaison de ces facteurs menace notre sécurité alimentaire.

L’une des voix les plus fortes qui militent en faveur de la poursuite de l’utilisation des pesticides de synthèse est celle de Copa-Cogeca, l’autoproclamé groupe de défense des agriculteurs européens. Sans surprise, il ne représente pas vraiment les exploitations familiales, mais plutôt les multinationales de l’agroalimentaire et les quelques grands propriétaires agricoles qui profitent du système actuel, lequel repose indéniablement sur la surexploitation de nos sols et de ceux qui les travaillent. Ironiquement, la protection de nos sols et la garantie de leur fertilité sont justement les mesures qui permettront d’assurer la sécurité alimentaire à long terme.

Le principal problème de la réduction de l’utilisation de ces pesticides est que cela peut également signifier une réduction de la production alimentaire par hectare. En effet, les cultures pourraient être plus vulnérables aux parasites et, sans l’utilisation d’engrais artificiels, les plantes auraient tendance à produire moins, du moins pendant la période de transition à l’agriculture biologique.

Des questionnements nous viennent en tête : Si la sécurité alimentaire nous préoccupe tant, pourquoi n’essayons-nous pas de rendre la chaîne d’approvisionnement alimentaire plus efficace ? Pourquoi ne pas nous concentrer sur la réduction de l’énorme quantité de déchets que notre système alimentaire provoque chaque année ? Un tiers de toute la nourriture que nous produisons est gaspillée. Un tiers !



La quantité de travail et de ressources – de l’eau à l’énergie – liée à la perte et au gaspillage alimentaire est le véritable scandale en matière de production.  Nous jetons des tonnes et des tonnes de nourriture alors que certaines régions du monde subissent la famine. Et pourtant, nous sommes là, à nous demander si nous devons continuer à dégrader nos sols et à appauvrir notre biodiversité pour maintenir la surproduction. Si nous nous concentrions plutôt sur la sécurité alimentaire à long terme, nous travaillerions à mettre en place une agriculture plus résiliente, afin d’atténuer les effets négatifs que le changement climatique a déjà sur nos terres.

Au lieu de s’inquiéter de la quantité d’aliments que nous pouvons produire cette année grâce à l’utilisation de pesticides de synthèse, l’action la plus efficace serait d’étudier la quantité d’aliments que nous pouvons empêcher de finir à la poubelle.

La problématique du prix

L’autre grande question soulevée est celle de l’augmentation des prix. Comme nous l’avons mentionné plus haut, nous sommes en surproduction, c’est pourquoi la réduction de la production ne semble pas si inquiétante. En revanche, l’augmentation des prix pourrait frapper beaucoup plus fort, notamment parce qu’elle pourrait directement affecter l’accès aux produits frais des ménages à faibles revenus. Cependant, si nous ne considérons que le court terme, nous laissons tomber les générations futures. Si de plus en plus de sols sont dégradés et deviennent infertiles, nous produirons encore moins de nourriture à l’avenir, ce qui entraînerait une crise alimentaire bien plus grave.

L’inflation et la hausse des prix affectent également le prix des pesticides et des autres produits phytosanitaires – et cela entraînerait également une hausse des prix des aliments, car plus les pesticides sont utilisés, plus l’agriculteur doit dépenser. Le règlement de l’UE pourrait inciter les agriculteurs à renoncer complètement aux pesticides de synthèse, leur donnant ainsi le courage de passer à l’agriculture biologique. Ils seraient ainsi en mesure d’obtenir de meilleurs prix pour leurs produits.

Enfin, d’un point de vue plus philosophique, nous devons nous demander si le prix de notre alimentation doit vraiment se faire au détriment de notre planète (et de nos agriculteurs). Après tout, nous avons besoin d’une planète saine. Peut-être qu’au lieu de chercher des solutions rapides en augmentant le nombre de pesticides, nous devrions nous demander pourquoi certains revenus sont si bas entraînant le fait que certaines personnes ne peuvent pas se permettre de payer un prix juste et équitable aux agriculteurs.



PS : Nous commenterons le rôle de l’élevage “en usine” dans la question de la sécurité alimentaire, dans un prochain article !

Emmeline est une experte en communication qui travaille depuis plus de huit ans dans le secteur de l'agroalimentaire et des énergies renouvelables. En plus d’être le nouveau visage de notre Podcast, c’est une grande gourmande, une personne préoccupée par le changement climatique (une vraie combattante) et elle apprécie autant une bonne discussion que ce qu’elle aime les chiens.

Écoutez notre podcast

Commentaires

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bananes des îles Canaries

À moins d’être espagnol ou de passer l’été aux îles Canaries, il est difficile de connaître la banane canarienne. Outre les grands producteurs mondiaux de bananes (Inde, Équateur, Brésil et...

13 juin 2022

Les mythes sur les agrumes

La déconnexion entre l’agriculture et les consommateurs a probablement conduit à l’émergence de nombreux mythes concernant nos aliments. Les nombreuses campagnes de marketing visant à vendre ces aliments et créées...

02 février 2022

Comment freiner le vieillissement de l’agriculture européenne ?

L’Europe a un défi de taille à relever : il n’y a pas assez de jeunes qui travaillent dans l’agriculture. Nous sommes cependant conscients que de par leurs générations plus...

04 janvier 2022

This site is registered on wpml.org as a development site.